À la croisée des parcours internationaux et des responsabilités hospitalières, François Millier apporte un regard pragmatique sur les projets innovants et leur intégration dans les systèmes de soins. Chef de service en gynécologie-obstétrique à l’Hôpital Riviera-Chablais et membre du Health Care Advisory Board du H4, il partage ici sa vision des clés de succès pour les start-ups en santé, ainsi que le rôle déterminant que joue le H4 dans l’écosystème suisse de l’innovation.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis français et naturalisé, j’ai la double formation d’infirmier et sage-femme, après plusieurs expériences professionnelles en France, en Afrique et en Suisse, je suis aujourd’hui chef de service de la gynécologie et l’obstétrique à l’hôpital Riviera Chablais à Rennaz.
À quoi reconnaissez-vous qu’un projet est prometteur, ou au contraire qu’il risque de complexifier le système ?
Un projet me paraît prometteur lorsqu’il répond à un besoin concret identifié par les professionnel·les et les patient·es, avec une réelle valeur ajoutée en termes de qualité, de sécurité ou d’efficience. Les solutions qui s’intègrent naturellement dans les pratiques existantes, sans générer de charge administrative supplémentaire, me paraissent plus intéressantes. Ceux qui visent à augmenter la qualité des soins et la sécurité des patient·es en simplifiant le travail des soignant·es sont des projets très prometteurs.
À l’inverse, je suis plus prudent face aux projets qui apportent une couche supplémentaire de complexité, en particulier dans le quotidien des soignant·es, qui nécessitent de nombreux changements organisationnels sans bénéfice clairement démontré, ou qui ont été conçus sans une compréhension suffisante des réalités du terrain.
Selon vous, quelles sont les clés pour qu’une start-up réussisse à s’implanter rapidement dans le système de soins ?
La première clé est l’écoute des utilisateur·rices. Les professionnel·les de santé ainsi que des patient·es doivent être impliqués très tôt dans le développement afin que la solution réponde réellement à leurs besoins. La deuxième est la simplicité : une innovation doit être facile à adopter et s’intégrer dans les processus existants. Enfin, il est essentiel de démontrer rapidement un impact mesurable, qu’il s’agisse d’améliorer la qualité des soins, l’expérience patient ou une meilleure stratégie organisationnelle.
À vos yeux, qu’apporte le H4 à l’écosystème suisse de l’innovation en santé ?
Le H4 joue un rôle important de passerelle entre le monde des start-ups et celui des institutions de santé par le biais d’expertise de soignant·es expert·es. Il permet aux porteur·euses de projets d’accéder à l’expertise de professionnel·les expérimenté·es, de confronter leurs idées aux réalités du terrain et d’accélérer leur compréhension des enjeux réglementaires, organisationnels et humains du système de santé. Cette proximité favorise le développement d’innovations réellement utiles et applicables.
En quoi votre participation au Health Care Advisory Board du H4 vous parait-elle utile pour les startups accompagnées ? Pouvez-vous nous donner un exemple concret de recommandation que vous avez faite à une startup, et qui vous a semblé particulièrement utile pour elle ?
Mon expérience de terrain me permet d’apporter un regard pragmatique et concret sur la faisabilité opérationnelle des projets. Au-delà de la pertinence terrain d’une innovation, j’aide les équipes à anticiper les contraintes organisationnelles, les besoins des utilisateur·rices et les facteurs d’adhésion et de réussite.
J’ai pu accompagner plusieurs projets et je pense que le meilleur conseil que j’ai pu donner c’est d’avertir sur la complexité des interactions avec les professionnel·les de terrain car ce qui est vrai dans un pays, ne l’est possiblement pas en Suisse.
Quel message adresseriez-vous à une startup qui envisage de passer par le H4 ?
Je leur dirais de profiter pleinement de l’opportunité d’être confronté très tôt aux réalités du système de santé. Les retours des professionnel·les peuvent parfois remettre en question certains projets, mais ils permettent surtout de gagner un temps précieux et d’éviter des erreurs coûteuses et des désillusions plus profondes. Le H4 offre un environnement privilégié pour tester, ajuster et renforcer un projet avant son déploiement à grande échelle. Les start-ups qui savent écouter, s’adapter et co-construire avec les acteurs du terrain sont généralement celles qui ont une chance de voir leur projet émerger.
Conclusion
François Millier met en lumière le décalage persistant entre la façon dont on imagine le système de soins et la façon dont il fonctionne réellement au quotidien. Son expérience rappelle que l’innovation n’échoue pas toujours par manque de pertinence, mais souvent par incapacité à composer avec cette complexité humaine, organisationnelle et culturelle. À travers son engagement au H4, il ne s’agit donc pas seulement d’évaluer des projets, mais d’aider à ajuster le regard, condition indispensable pour éviter les angles morts et faire émerger des solutions vraiment opérationnelles.
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