Infirmière spécialisée en diabétologie et maître d’enseignement à l’Institut et Haute École de la Santé La Source, Nathalie Daina-Laville s’engage à l’interface entre pratique clinique, formation et intégration du numérique en santé. Issue des soins à domicile, elle accorde une attention particulière à la relation de soin, à la continuité des prises en charge et à l’autonomie des patient·es. Au sein du Health Care Advisory Board du H4, elle défend une approche du numérique pensée à partir des pratiques soignantes, en questionnant de façon critique ce que la technologie peut soutenir, sans jamais se substituer au sens, à l’éthique et à la responsabilité du soin.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Nathalie Daina-Laville. Je suis maître d’enseignement à l’Institut et Haute École de la Santé La Source et j’exerce comme infirmière indépendante spécialisée en diabétologie.
Issue d’un parcours initial en soins à domicile, j’accorde une attention particulière à la relation de soin, à sa continuité et à l’accompagnement des patient·es dans leur autogestion, dans une perspective de renforcement de leur autonomie.
En parallèle, je m’engage dans l’intégration du numérique en santé, tant dans mes enseignements que dans ma pratique, en veillant à l’inscrire dans une posture professionnelle infirmière, notamment en questionnant ce qui peut être délégué au numérique en regard des enjeux déontologiques et sécuritaires. Cette approche s’inscrit en cohérence avec mon rôle au sein du H4, à l’interface entre innovation en santé numérique et pratiques cliniques.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de rejoindre le H4 en tant que membre du Health Care Advisory board ?
Ce qui m’a convaincue de rejoindre le H4, c’est avant tout la possibilité de contribuer de manière concrète au service et à l’amélioration des soins. Il me paraît essentiel que le corps infirmier soit pleinement impliqué dans les processus d’innovation en santé, afin de garantir des outils adaptés aux réalités du terrain.
Je suis persuadée que lorsque l’on intègre l’expérience des soignant·es dès la conception, dans une logique de co-construction, on développe des solutions plus pertinentes et plus agiles. Cela permet de mieux prendre en compte les différentes dimensions du soin et donc de favoriser l’adoption des outils. D’ailleurs, de nombreuses études insistent sur l’importance d’impliquer les professionnel·les de santé dès les premières étapes de conception.
Ensuite, je dirais qu’un outil en santé ne peut pas être pensé uniquement sous l’angle technique. Il est important, dès le départ, de réfléchir à sa finalité et à son usage dans la pratique, en intégrant les enjeux de sécurité, les cadres réglementaires et le code de déontologie par exemple.
En tant qu’infirmière, je me situe dans une posture de défense des intérêts des patient·es, avec la responsabilité de garantir la qualité et le sens du soin.
Pour moi, cette dimension doit être intégrée au coeur même des innovations technologiques.
Enfin, nous évoluons aujourd’hui dans un contexte de soins qui est de plus en plus interprofessionnel. Cette collaboration dépasse désormais les seul·es professionnel·les de santé pour inclure aussi des informaticien·nes, des designers, ou encore d’autres spécialistes en santé numérique. C’est une dynamique qui permet de co-construire des solutions, des solutions plus pertinentes, éthiques et réellement utiles pour le terrain.
Pourquoi, selon vous, est-il essentiel de créer un lien fort entre les soignant·es et les startups santé ?
Cela permet d’orienter les projets d’innovation dès le début vers des solutions réellement utiles, adaptées aux pratiques de soins et porteuses de sens.
Quel rôle joue le H4 dans la création de ce lien ?
Le H4 joue un rôle de facilitateur, en créant des espaces de rencontre, de dialogue et de collaboration entre les soignant·es et les acteur·trices de l’innovation en santé.
Pour moi, ce rôle est essentiel. C’est un lieu qui permet de mettre en relation les bons interlocuteur·trices, celles et ceux qui sont vraiment en phase avec le projet développé. C’est un vrai plus, car cela facilite les échanges et rend les collaborations beaucoup plus pertinentes et efficaces.
En quoi votre participation au Health Care Advisory Board au H4 vous paraît-elle utile pour les startups accompagnées ?
Ma participation au Health Care Advisory Board du H4 me semble utile pour les startups, dans une logique clairement gagnant-gagnant, qui s’inscrit dans un véritable cercle vertueux. D’un côté, les soignant·es bénéficient de solutions mieux adaptées à leurs pratiques et sont reconnus comme de véritables partenaires dans les projets d’innovation. De l’autre, les startups développent des projets plus pertinents, mieux ancrés dans les réalités du terrain dès les premières étapes.
A vos yeux, qu’apporte le H4 à l’écosystème suisse de l’innovation en santé ?
Je suis convaincue que le H4 apporte une vraie crédibilité à l’écosystème de l’innovation en santé, dans un contexte où les initiatives sont nombreuses et assez hétérogènes. Les innovations qui en émergent, et qui sont portées par le H4 puis mises en oeuvre dans le secteur des soins, renforcent à leur tour sa pertinence et sa visibilité. On observe ainsi une dynamique qui se nourrit elle-même et qui démontre concrètement son utilité pour l’ensemble de l’écosystème vaudois, voire suisse.
Comment imaginez-vous l’évolution du lien entre innovation et soins dans les années à venir ?
Nous sommes déjà en train de vivre des changements profonds, et j’ai le sentiment que le lien entre innovation et soins va continuer à évoluer en permanence, dans un environnement qui bouge sans cesse.
Avec le développement très rapide de l’intelligence artificielle, qu’elle soit générative ou agentique, on peut s’attendre à voir émerger de nouvelles façons d’innover dans les soins.
Dans ce contexte, un point me paraît essentiel : les soignant·es comme les patient·es doivent rester maîtres de leurs décisions et des options qui leur sont proposées.
Les soignant·es auront un rôle clé, en tant qu’acteur·trices pleinement engagés dans l’intégration des technologies : elles·ils veillent au sens, à l’éthique et à la sécurité des soins, tout en travaillant avec l’innovation de manière constructive. Leur mission sera aussi de s’assurer que l’innovation vient soutenir la décision clinique et le choix du patient·e, sans s’y substituer.
Cela implique aussi un enjeu important : limiter le « deskilling », c’est à dire éviter que les compétences cliniques ne s’érodent avec l’usage de ces outils. L’idée, c’est que la technologie renforce l’expertise des soignant·es, sans la remplacer ni l’appauvrir.
Au fond, l’ensemble repose sur un élément central du soin : améliorer la qualité des soins tout en préservant la capacité de chaque patient·e à exercer ses propres choix, dans un cadre réellement éclairé et accompagné.
Quel message adresseriez-vous à une startup qui envisage de passer par le H4 ?
Je lui dirais que c’est l’étape à ne surtout pas manquer !
Conclusion
Par son expertise infirmière, son expérience clinique et son engagement dans l’intégration du numérique, Nathalie Daina‑Laville accompagne l’innovation en santé avec rigueur et discernement au sein du H4. Son approche veille en permanence à ce que les solutions développées restent au service des pratiques soignantes et de ce qui est le plus juste et bénéfique pour les patient·es.
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